mercredi 23 décembre 2015

"Max Winson : la Tyrannie et l'Echange", de Jérémie Moreau



"Il n'a jamais perdu un match de tennis. Il est numéro 1 mondial depuis 7 ans, terrifiant vainqueur à la mine mélancolique, l'idole d'un peuple biberonné à la réussite... Mesdames et messieurs nous recevons le grand Max Winson !" 

Avec ces quelques mots tirés du tome 1 de la bande dessinée Max Winson, de Jérémie Moreau, nous voici  plongés au cœur de l'intrigue! Sous ses traits d'adolescent gigantesque et avec son air naïf et débonnaire, Max est le meilleur joueur de tennis au monde. Son succès et sa popularité sont phénoménales. Cela ne viendrait à l'esprit de personne de rater un match où joue Max Winson! Pourtant, derrière la gloire, se cache une vie bien réglée et complètement déshumanisée. Formaté dès la naissance par un père tyrannique, Max ne connaît rien d'autre que le tennis. Le terrain où il s'entraîne est sa chambre, et hormis les journalistes, il ne parle qu'à son recruteur et à son entraîneur. Mais les rouages de cette mécanique parfaitement huilée pourraient bien être perturbés par l'arrivée, dans sa vie, d'une jolie journaliste et d'un adversaire dont le sort est encore plus à plaindre. 

Avec son trait si particulier, un noir et blanc épatant et une mise en page très efficace, Jérémie Moreau signe là une œuvre, en deux tomes, remarquable. Si le premier tome est davantage porté sur les performances sur humaines de Max, le harcèlement psychologique qu'il subit et l'avidité de ses recruteurs, le second tome nous ouvre les portes du véritable Max! Sa désaliénation et sa remise en question sont touchantes et se traduisent en quelques cases et très peu de dialogue. Au contact d'un ancien champion de tennis et du petit garçon qu'il entraîne, Pedro, notre colosse aux pieds d'argiles apprend l'humilité, le respect de l'autre et surtout le partage.
     
Jérémie Moreau nous brosse, avec Max Winson, un portrait du sport sous tous ses angles. Glaçant et fascinant à la fois. La pression psychologique, la corruption sont des aspects bien réels mais l'auteur les dépasse et nous livre, au final, un bel hommage au sport et au tennis. Avec lui le tennis reprend son but initial celui de l'échange, au sens premier du terme, ou comment le sport peut-être un art, le jeu pour le jeu, et non plus une compétition.
   
                            
"Il y a bien longtemps, à l'aube du tennis, avant de servir, les joueurs devaient prononcer : "Tenez". Ce qui, au départ, était un "tenez" de politesse propice à l'échange pourrait être remplacé à notre époque par "Prends ça!" Imagine toi que jouer au tennis avec quelqu'un, c'est comme avoir une conversation avec cette personne [...] Le tennis est un art. C'est un art de l'échange." 

Max Winson, tome 1 et 2, Jérémie Moreau, Delcourt, 2013, 2014

samedi 12 décembre 2015

"The book of Ivy" et "The revolution of Ivy" de Amy Engel

Dystopie, quand tu nous tiens!
Voilà, j'ai succombé à une autre dystopie mettant en scène une jeune et jolie ado rebelle de 16 ans et, en plus, j'y ai pris vraiment plaisir! Tellement plaisir qu'à la fin du tome 1 je me suis aussitôt emparée du tome 2 malgré la hauteur de ma P.A.L en cours...
                 
L'histoire se passe dans un monde post-apocalyptique après une guerre nucléaire qui n'a laissée que quelques survivants et une terre dévastée derrière elle. Le peu de survivants, non contents d'être encore en vie, se sont entretués pour un territoire. Le clan des vainqueurs, pour maintenir la paix, a établi des règles très strictes : toute personne nuisant à l'ordre public est aussitôt expulsée de l'enceinte de la ville et livrée, sans ressources, à un monde sauvage et inconnu. De plus, chaque année, les enfants de 16 ans du clan des perdants doivent épouser les enfants du même âge du clan des vainqueurs. Ainsi, toutes les jeunes filles sont destinées à devenir mères et femmes au foyer. C'est dans ce contexte qu'Ivy Westfall, petite fille du fondateur de la ville mais aussi du clan des perdants, se voit épouser Bishop (quel prénom affreux) Lattimer, archétype du beau gosse et fils du président par la même occasion. Accablée, frustrée, et très en colère, Ivy se console de ce mariage arrangé avec la certitude qu'il sera de courte durée. En effet, son père et sa sœur ont échafaudé un plan depuis longtemps qui vise à renverser le président Lattimer et Ivy, sera celle qui lancera la première offensive en tuant Bishop.
         
Évidemment, (on est rodé maintenant) on se doute dès la lecture du résumé que ça ne sera pas aussi simple et qu'il va, bien sûr, se passer quelque chose entre ces deux là!
Pourtant, malgré les stéréotypes du genre, je me suis laissée complètement emportée par l'intrigue et je me suis attachée à ce couple et à leur histoire. Par exemple, l'évolution du personnage d'Ivy est très intéressante. D'abord bardée de préjugés et de certitudes, elle comprend petit à petit que rien n'est tout noir ou tout blanc, qu'il y a des nuances, notamment en matière de politique. Alors que le doute l'envahit, elle se rend compte qu'elle ne sait rien et qu'elle a beaucoup de choses à apprendre en matière de politique, de relations humaines.
Le monde dans lequel ils évoluent est violent et cruel et le libre arbitre est un luxe que peu osent se permettre. Grâce à Bishop, et débarrassée de l'emprise de son père et de sa soeur, Ivy va prendre confiance en elle et en ses propres idées, elle va aussi accepter ses failles.
               
Bien écrit, bien mené, l'action est au rendez-vous et les pages défilent à la vitesse grand V pour nous laisser dans un suspens intenable à la fin du tome 1! Heureusement, cette série en deux tomes apporte toutes les réponses malgré une fin un peu trop rapide et facile à mon goût. 
Une lecture vraiment distrayante qui tient ses promesses!

The book of Ivy et The Revolution of Ivy Amy Engel, Lumen, 2015 

mercredi 9 décembre 2015

"Anya et Tigre Blanc" de Fred Bernard et François Roca

Dans un royaume lointain, fait de neige et de glace, les Hommes et les animaux vivent dans un respect mutuel et se comprennent. Malheureusement, ce royaume est gouverné par un roi tyrannique et les enfants, nés la même année que le prince, disparaissent mystérieusement les uns après les autres. Pour se consoler, les parents remplacent les disparus par des animaux sauvages, vite domestiqués. Ainsi font les parents de la belle Anya qui va grandir auprès d'un majestueux tigre blanc suite à la disparition de son jumeau alors qu'il était bébé. Ensemble, ils vivent en parfaite harmonie, ne se quittent jamais et Anya apprend beaucoup auprès de lui. Mais un jour, malgré la protection de Tigre Blanc, Anya est kidnappée à son tour. Courageuse et rusée, elle jure de s'en sortir et de se venger de ses oppresseurs. 

Ambiance glacée, magie, mystère... à la lecture de ce texte et devant le personnage d'Anya je n'ai pu m'empêcher de penser à Game of Trones, et c'était sûrement le but recherché! Cette histoire possède le charme des contes et légendes traditionnels : un personnage charismatique qui va bouleverser l'ordre établi, un royaume fantastique peuplé de sorcières et d'animaux fabuleux, et des épreuves à traverser.
Accompagnée par les illustrations de François Roca, au sommet de son art, cette fable épique est une vraie pépite. Encore une fois, Fred Bernard et François Roca nous en mettent plein la vue pour notre plus grand plaisir.

Anya et Tigre Blanc, Fred Bernard, François Roca, Albin Michel, 2015

samedi 21 novembre 2015

"La Belle et le fuseau", de Neil Gaiman et Chris Riddell

Il était une fois, dans un royaume lointain, trois nains partis en voyage retournent auprès de leur princesse. Ils l'informent alors que, non loin de leur royaume, une contrée est victime d'une étrange épidémie qui progresse rapidement et menace de les toucher à leur tour : un sommeil éternel! On raconte qu'une mauvaise fée serait à l'origine de ce mal et que quiconque tenterait de rompre le sort, en réveillant une belle endormie, sombrerait lui aussi dans ce profond sommeil. La Princesse, pourtant sur le point de se marier, n'hésite pas une seconde, elle enfourche sa monture et part avec les nains pour contrer l'épidémie. Elle qui a dormi durant une année entière, ne craint nullement la maladie du sommeil ! Mais la route est longue et semée d'embûches, et la belle qui dort d'un sommeil sans fin, tout en haut du Donjon, n'est peut-être pas l'innocente que l'on croit!
                
Avec Neil Gaiman à la plume et Chris Riddell au crayon, ce livre ne pouvait être qu'un enchantement! Ici, le maître du fantastique et de l'étrange s'empare, vous l'aurez compris, du célèbre conte de Perrault La Belle au bois dormant et le réinvente d'une façon surprenante. Mélangeant les genres et les références, l'auteur à l'univers bien particulier, crée une ambiance à la fois merveilleuse et inquiétante : les nains rappellent le nain Gimli du Seigneur des anneaux et les courtisans endormis du royaume maudit ont un petit côté zombie ! Par ailleurs, les illustrations de Chris Riddell se marient parfaitement au récit y apportant la touche de gothique ! 

La Belle et le fuseau est un conte comme on les aime avec, en prime, une héroïne moderne et une fin inattendue. Une réussite! 

La Belle et le fuseau, Neil Gaiman, Chris Riddell, Albin Michel, 2015

mercredi 18 novembre 2015

"Phobos, tome 1 : les Ephémères" de Victor Dixen

Tout semble déjà avoir été imaginé en terme de rencontre-matrimoniale à la télé : de l'île paradisiaque aux prairies ensoleillées, en passant par le soit disant "prince charmant" à conquérir et j'en passe...tout est bon pour faire de l’audimat! Mais personne encore n'avait pensé à envoyer des célibataires et des caméras dans l'espace! C'est donc chose faite grâce à Victor Dixen et son nouveau roman SF Phobos
             
Ils sont 12 candidats, 6 filles d'un côté, 6 garçons de l'autre. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils viennent des quatre coin du globe, ils n'ont aucune attache et la vie sur Terre ne les intéresse plus pour diverses raisons. Tous partent sur Mars, ou plutôt sur son satellite Phobos, pour un voyage sans retour mais filmé 24 heures sur 24. A la clé : la célébrité, une nouvelle vie et surtout la promesse d'un mariage et d'une vie heureuse avec beaucoup d'enfants ! Un conte de fée? Rien n'est moins sûr car leurs jours sont comptés.
                 
L'histoire, qui parait un peu énorme de prime abord, a de quoi surprendre! Des ados envoyés seuls dans l'espace c'est déjà un peu perturbant mais si en plus ils sont destinés à y mourir à cause d'un complot orchestré par la production et sa vénéneuse présentatrice, c'est trop! Pourtant. On se laisse complètement emporter par l'histoire, l'univers de la télé-réalité, les personnages et les speed-dating qui rythment l'ensemble. Chaque candidat a en effet six minutes, une fois toutes les six semaines, pour parler avec un autre candidat du sexe opposé et faire ainsi son choix avant leur atterrissage sur Phobos.
                  
Qui sera l'élu du coeur de Léonor, l'héroïne du livre? Le romantique Américain ou le ténébreux brésilien? Mais surtout, comment réussiront-ils à sortir de ce guêpier intergalactique? Suspens! Et suspens efficace, d'autant que les dernières pages du livre le font encore monter d'un bon cran ! 
                 
Victor Dixen décrit là un monde parfaitement cynique, à double visage et corrompu, où politique, business et médias agissent de concert et en toute impunité. Un monde qui fait froid dans le dos mais qui s'avère tout à fait vraisemblable. 
              
Totalement divertissant et accrocheur, le premier tome de cette dystopie originale réussit son pari puisque, pour ma part, j'ai très envie d'en connaître la suite! 

Phobos, tome1 : les Ephémères, Victor Dixen, Robert Laffont, "R", 2015

mercredi 4 novembre 2015

"Ma mère, le crabe et moi", Anne Percin

Anne Percin, je la retrouve toujours avec beaucoup de plaisir. Elle aborde n'importe quel sujet avec ce mélange de gravité et de pep's, d'émotion et d'humour, qui fait que même un roman qui traite d'un sujet grave, comme le cancer, est un plaisir. Dans Ma mère, le crabe et moi, l'héroïne, Tania Michaud, une "adote" de 14 ans, apprend en effet que sa mère est atteinte du cancer du sein. Jusque là, Tania se fichait un peu de sa mère - avec qui elle vit seule depuis le divorce de ses parents - se moquant allègrement de son blog "Lectures&Confitures" et de la vie qu'elle s'invente dessus! Mais tout change lorsqu'elle découvre la maladie de celle-ci. Tania, malgré la peur, commence à considérer sa mère sous un autre angle, l'admire même, et parvient à relativiser sur pas mal de choses. En deux mots : elle grandit.

En moins de 130 pages, Anne Percin nous raconte cette transformation pour la mère, évidement, mais aussi pour la fille. L'incompréhension, la colère, la tristesse, le courage et la combativité sont bien présents et racontés avec beaucoup de mordant ainsi qu'un langage très oral et imagé qui fait oublier la gravité du sujet sans pour autant le prendre à la rigolade! Drôle et juste, ce roman attachant est une belle leçon d'optimisme!


Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin, éditions du Rouergue, 2015

mercredi 14 octobre 2015

Blackwood: le pensionnat de nulle part, de Loïs Duncan


Voici un livre parfait pour la saison! Ambiance gothique et frissons sont en effet au rendez-vous dans ce roman écrit en 1974 par Loïs Duncan, célèbre pour ses récits horrifiques destinés à la jeunesse. Traduit pour la première fois en France et remanié légèrement par l'auteure pour "coller" à la jeunesse actuelle, Blackwood nous emporte vite dans son sillage.

Nous y suivons Kit, dont la mère vient de se remarier et qui doit partir vivre pour quelques mois au pensionnat de Blackwood  le temps de la lune de miel de sa mère et de son beau-père. Mais ce pensionnat n'est pas comme les autres. D'abord, c'est un vaste manoir ancien, isolé et perdu au fond des bois, enfin, elles ne sont que quatre pensionnaires à occuper les lieux... Bien sûr avec un décor comme celui-ci on s'attend au pire! Et de fait, dès qu'elle franchit les grilles du manoir Kit ressent une atmosphère maléfique l'envelopper. Par ailleurs, ses nuits sont de plus en plus peuplées de rêves étranges voire de phénomènes paranormaux... et toutes ses camarades se mettent à développer mystérieusement des capacités artistiques hors du commun.

J'ai dévoré ce livre en un rien de temps. Comme Kit j'avais envie de découvrir l'histoire de ce manoir et l'origine des phénomènes qui s'y produisent. L'intrigue est bien maîtrisée et l'ensemble se tient tout à fait, on y croirait presque! Il y a également de bons passages d'angoisse (pas trop effrayants quand même) et la fin du livre est menée tambours battants! 

Une bonne surprise que Blackwood! Il paraîtrait même qu'une adaptation au cinéma est en cours de réalisation ;)

Blackwood: le pensionnat de nulle part, Loïs Duncan, Hachette, (Blackmoon)

jeudi 27 août 2015

Gardiens des Cités perdues, de Shanon Messenger


Coup de cœur pour ce roman ! Malgré de nombreuses bonnes critiques que j'avais lues ou entendues à son sujet, j'avais peur que l'histoire soit trop enfantine pour moi, adulte, et qu'elle ne m'emporte pas. Et bien c'est tout le contraire qui s'est passé! 

C'est l'histoire de Sophie Foster qui a 12 ans. Depuis l'âge de 5 ans elle entend les pensées des gens et grâce à sa mémoire photographique elle dispose de capacités mentales extraordinaires. La preuve, elle est déjà en terminale! Malheureusement, ses talents la rendent spéciale aux yeux des autres et lui gâchent la vie. Considérée comme un monstre, une anomalie par ses camarades elle ne parvient pas à s'adapter ni à s'intégrer. Un jour qu'elle est encore mise à l'écart par les autres élèves, elle fait la connaissance d'un garçon d'à peu près son âge, Fitz. Celui-ci avoue la chercher depuis longtemps et lui révèle sa véritable identité. Sophie n'est pas humaine, c'est une elfe comme lui. Evidemment elle n'en croit pas un mot, il va alors l'entraîner avec lui dans son monde pour une visite express et lui promet de revenir la voir le lendemain. A partir de là, la vie de Sophie va entièrement changer. Créatures merveilleuses, mondes perdus, pouvoirs magiques, ce qu'elle va découvrir va dépasser son imagination et remettre totalement en question la conception qu'elle s'était faite du monde. Mais cet univers merveilleux recèle aussi sa part d'ombres, et Sophie n'est pas aussi étrangère aux Cités perdues que ce que ces nouveaux amis veulent lui faire croire.

Voici un roman de fantasy pour la jeunesse qui a tous les ingrédients pour devenir une grande saga! Shannon Messenger réussit à nous entraîner dans un monde magique qu'on pensait avoir vu et revu et pourtant tout fonctionne, rien ne lasse. L'intrigue, bien construite, est amenée peu à peu, en douceur pour finir sur plusieurs révélations, de plus, les personnages sont tous intéressants et attachants, ce qui rend l'histoire d'autant plus captivante. Sophie est une ado un peu timide et peu sûre d'elle, gentille, intelligente et sensible; quant à ses amis, ils ont tous un petit quelque chose de touchant, qu'ils soient jeunes ou moins jeunes. De grands moments d'émotions sont aussi au rendez-vous (je me suis surprise à avoir la larme à l’œil)! Bref, un univers à la fois familier et original, une ode à la magie, à l'amour filial, à l'amitié, pour une lecture des plus agréables! Nul doute que je lirai la suite!

Gardiens des Cités perdues, Shannon Messenger, Lumen, 2014

vendredi 14 août 2015

"Chaque soir à onze heures" de Camille Benyamina et Eddy Simon

Willa Ayre vit à Paris. Ses parents sont séparés. Entre sa mère qui court la France pour organiser ses casting de Miss et son père, artiste contemporain qui multiplie les conquêtes, elle se retrouve souvent seule à la maison. Heureusement elle est bien entourée  par ses amis, la plantureuse Fran et son frère, le beau et très populaire Iago, qui est aussi l'amoureux de Willa. 
Un soir alors que Fran organise sa fête d’anniversaire et que Iago est distant avec elle, Willa fait la connaissance de Edern Fils-Alberne, un garçon plutôt bizarre et réservé, fils d’anciens amis des parents de Fran et Iago. Elle sympathise avec lui. C’est grâce au mini concerto de saxo qu’elle donne en l’honneur de Fran que Edern la contacte et lui propose de venir chez lui pour accompagner sa sœur Marni qui joue du piano. Pour faire plaisir à sa petite sœur, Willa se rend chez eux et découvre une famille sympathique mais très marquée par la mort tragique des deux parents. Sa curiosité augmente quand Marni lui révèle un mystère qui plane sur leur sombre et étrange demeure : chaque soir à onze heures, très précisément, la pendule s’arrête et Marni sent comme une présence froide qui lui tourne autour. Or, c'est à onze heure que leur mère s'est donné la mort. De plus, depuis qu’elle a fait connaissance avec Edern, la vie de Willa est menacée à plusieurs reprises par un homme qui semble lui en vouloir…
           
       

Adaptée du roman éponyme de Malika Ferdjoukh, qui était déjà une vraie réussite, la version dessinée de Camille Benyamina et Eddy Simon, est un bijou!

La trame du roman, même s'il y a des ellipses du fait du support, est parfaitement respectée. Le mystère, l'amour et le petit côté fantastique sont bien présents et les auteurs ont parfaitement su s'approprier le roman et rendre compte de son ambiance hivernale, romantique et inquiétante. Les dessins au tracé impeccable de Camille Beyamina (déjà remarquée par le magnifique Violette Nozière, vilaine chérie) et les couleurs chatoyantes apportent un bel écrin à l'histoire de Malika Ferdjoukh. Un album qui se lit d'une traite et avec gourmandise !
                       
Chaque soir à onze heure, Camille Benyamina et Eddy Simon, Casterman, 2015

jeudi 6 août 2015

"Inhuman" de Kat Falls

Bienvenue aux Etats-Unis dans un futur proche. Le pays est désormais divisé en deux partie : à l'ouest, la zone saine où vivent les survivants d'un virus dévastateur et leurs descendants; à l'est, la zone sauvage où sévit toujours le virus. Ce virus, le ferae, qui dissémina 40% de la population des Etats-Unis, transforme les humains en bêtes féroces et les animaux en êtres hybrides monstrueux. 
Lane, 17 ans vit à l'ouest avec son père. La zone sauvage est pour elle comme pour tous les habitants de l'Ouest, un mystère. On raconte des histoires terribles sur l'Est mais personne n'a vraiment pu vérifier leur véracité car un mur immense de 200 mètres de haut et s'étalant sur plusieurs centaines de kilomètre sépare les deux zones. La règle est très stricte, toute personne qui franchirait le mur serait bannie à tout jamais de l'Ouest. Mais Lane, contrainte et forcée par un ignoble chantage, va devoir le franchir pour sauver son père.
        
Kat Falls signe avec Inhuman une dystopie efficace et surprenante! Si la base du récit manque certes un peu d'originalité, la suite est tout à fait captivante! D'abord, il y a les symptômes et les conséquences du virus qui donnent lieu à un univers et à des créatures merveilleuses. On est vite transportés dans ce monde où la nature a repris le dessus et où l'aventure est présente à chaque coin de rue en ruine! Ensuite, il y a les personnages : Lane, Everson et Rafe. Malgré quelques petits côtés agaçants, ce triangle amoureux fonctionne bien car ni les personnages, ni le lecteur, ne sont dupes de ce cliché! Enfin, le rythme de l'histoire qui monte, bien sûr, en crescendo, nous assure un moment de lecture des plus distrayants! Et comme toute bonne dystopie, deux autres tomes sont prévus! Vivement la suite!

Inhuman, Kate Falls, Milan, 2015

samedi 4 juillet 2015

Le Grand méchant renard, de Benjamin Renner

Le Grand méchant renard c'est de l'humour en barre! Voyez un peu, la couverture parle d'elle-même!
      
Il était une fois, un grand méchant renard... enfin plutôt, un méchant renard... bon, disons, un renard. Donc, il était une fois un renard, piètre chasseur, qui mangeait des navets parce qu'aucun animal n'avait peur de lui. Malgré de nombreuses visites aux poules de la ferme d'à côté, rien n'y fait, il se fait chasser à coups de bec! Il n'est même plus redouté par les autres animaux de la ferme, le cochon et le lapin lui serrent la patte et lui ramassent des légumes. Bref, notre pauvre renard déprime. Il a envie de viande! Lorsqu'il fait part de son problème au loup, celui-ci lui propose une solution avec un plan machiavélique : voler les œufs de la poule, attendre que les poussins grandissent un peu, et... les manger! Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. D'abord obligé de couver les œufs jusqu'à leur éclosion, le renard trouve son unique réconfort en imaginant son futur festin. Seulement voilà, il n'avait pas prévu qu'à leur naissance les poussins considèrent comme leur mère, le premier qu'ils voient! Comble du ridicule, notre renard est désormais appelé "Maman" par trois adorables poussins! Et il n'est pas au bout de ses peines! 

   
Une BD qui se dévore en un rien de temps! Benjamin Renner enchaîne gags sur gags, à la façon de Tex Avery et accompagne le tout de dialogues drôles et savoureux!  On se délecte de son coup de crayon, à la fois léger et très expressif, et de sa galerie de personnages hauts en couleurs: la poule matrone, le chien fainéant, le lapin stupide, le loup froid et calculateur... Avec un suspens haletant, des clins d’œil parsemés ici ou là, mais aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, tous les ingrédients sont là pour nous faire passer un moment de détente inoubliable! 


Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner, Delcourt, 2015

vendredi 12 juin 2015

"Le Journal de Gurty : Vacances en Provence", de Bertrand Santini

Le Bertrand Santini nouveau est arrivé! Comme toujours, j'attendais celui-ci avec impatience, et je ne suis pas déçue!

Gurty est une petite chienne. Elle va passer ses vacances d'été en Provence, avec son humain Gaspard. Dans son journal, daté du 1er au 42 juillet, elle raconte toutes ses aventures! De son arrivée en train à son départ, en passant par ses déconvenues avec le chat qu'elle surnomme "Tête de fesses" (on comprend dès qu'on le voit) et ses longues journées à contempler un plan de tomates ou un nuage avec la chienne d'à côté, Fleur. On saura tout des vacances de cet attachant Rantanplan! 

D'ailleurs, ce n'est pas tant les petites péripéties de Gurty qui rendent cette histoire si poilante (quoi que la dernière est particulièrement drôle!!) que la façon dont elles sont écrites. Avec une naïveté et une logique toute canine: 


"On ne se méfie jamais assez de sa queue [...] Par exemple, parfois je prends un air méchant pour faire une farce.. et j'oublie que ma stupide queue rigole d'avance. Alors, tout le monde devine que je prépare un sale coup et ma blague tombe à l'eau."

Des dialogues à couper le souffle,


 "- Si, c'est toi! - Non, c'est pas moi! - Non, c'est toi! - Mais si, c'est toi! - Si, c'est toi! - Mais non! - Non! - Si! - Non! - Si!...", 

de l'action en veux-tu en voilà,



des personnages sympathiques, 



bref, IRRESISTIBLE! Et en plus, c'est Bertrand Santini himself qui a illustré, et là, je dis bravo! A quand les nouvelles aventures de Gurty?

Le Journal de Gurty : Vacances en Provence, Bertrand Santini, Sarbacane, "Pépix", 2015

mardi 19 mai 2015

Les Petites reines, de Clémentine Beauvais

GE-NI-AL! J'ai bien envie de m'arrêter là, car ce livre est vraiment, tout simplement, génial! Mais comme j'ai le soucis de la chronique bien faite je vais en dire un peu plus!
                 
Tout commence dans un lycée de Bourg-en-Bresse par un concours qui a lieu depuis 3 ans sur Facebook, celui du Boudin de l'année. Cette année, Mireille Laplanche, 15 ans et demi, élue boudin de bronze, est détrônée pour la première fois par deux autres filles, Astrid Blomvall, boudin d'or et Hakima Idriss, boudin d'argent. Un peu surprise, Mireille prend tout cela avec philosophie (depuis peu). Le recul, l'autodérision, l'humour surtout, sont les armes qu'elle arbore avec fierté et panache, ce sont aussi ses meilleurs boucliers pour se préserver. Sa vie avec son chat Babyboule, sa mère, qui ressemble à Catherine Deneuve (Mireille a pris du côté de son père) et son beau-père Philippe Dumont (qu'elle appelle toujours Philippe Dumont) aurait pu suivre son cours normal si la reine du concours n'avait pas débarqué chez elle, en pleurs, le soir de la "remise du prix". Tentant d'abord de lui remonter le moral, Mireille décide d'aller rendre visite, avec Astrid, au troisième boudin, Hakima. C'est chez Hakima qu'elle va faire la connaissance de son frère Kader, rebaptisé secrètement le Soleil tellement il est beau, ancien soldat qui a perdu ses jambes lors d'une embuscade en "Galéristan". Cette rencontre va les conduire dans un périple de plusieurs centaines de kilomètres de Bourg-en Bresse à Paris! Avec un but bien précis, Mireille entraîne en effet sa nouvelle petite bande à vélo ("On dit "à vélo" [...] parce qu'on est pas dans le vélo, mais sur le vélo. On dirait pas "en cheval" ou "à train", eh ben c'est pareil") ainsi qu'une bonne cargaison de boudins qu'ils vendront sur la route!

Clémentine Beauvais signe avec Les Petites reines un roman optimiste qui fait un bien fou! Le personnage de Mireille est d'une drôlerie irrésistible et est doté d'un sens de la répartie hors du commun! A travers cette promenade gourmande dans l'Ain et sur les bords de Loire, les adolescentes vont se révéler! L'esprit d'équipe, la solidarité, le dépassement de soi par le sport, sont autant de valeurs qu'elles vont découvrir.
           
Outre ce côté hyper distrayant, assaisonné des réflexions toujours bien senties de Mireille, l'auteur, l'air de rien, se livre à une petite critique très pertinente de notre société. Sont visés, en particulier, le culte de la minceur, les réseaux sociaux, les médias et le vide informationnel qu'ils génèrent parfois, ainsi que l'exutoire que représente la toile quand chacun se livre, abrité derrière son écran, aux plus ignobles commentaires en toute impunité. "... pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre [...] qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes[...] moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent , derrière ces ahurissantes insultes?"
                    
Le portrait qu'elle brosse des ados est tout aussi corrosif! Parfois cruels, focalisés sur les apparences et l'image qu'ils souhaitent donner d'eux, notamment sur les réseaux sociaux, c'est un bonheur de voir, au contraire, Mireille et ses copines revendiquer qu'elles ne font pas du vélo pour être "belles" ou perdre du poids et se goinfrer de produits régionaux à chaque étape de leur périple! "... je suis fan de crottin de Chavignol depuis mon plus jeune âge. C'est bien simple, à deux mois et demi, j'ai repoussé le sein de ma mère pour n'accepter mon lait que sous forme de crottin de Chavignol."

Un roman original, drôle et intelligent, qu'on a du mal à quitter une fois commencé et qui donne même envie de se lancer, comme Mireille et ses boudinettes, à l'assaut des routes de France, à vélo!

Et pour profiter au max des Petites reines, voici la bande-son du livre! ;)

Les Petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2015



mercredi 6 mai 2015

"Mentine, tome 1 : Privée de réseau !" de Jo Witek

Mentine, parisienne pur jus, 12 ans et demi, surdouée au QI démentiel. Pour ne pas passer pour une boulette au collège, c'est-à-dire une intello (elle est en classe de 3e tout de même) elle fait exprès de rater ses contrôles et d'afficher une moyenne plus que passable. En punition, ses parents décident de l'envoyer passer ses vacances d'été dans le Larzac chez un ami de sa grand mère, Raoul, un paysan bougon et un ex militant. Stupeur et tremblements pour Mentine, adieu les vacances au bord de la mer à Biarritz avec ses amies à draguer et se la couler douce, bonjour brebis, campagne profonde, réveil à 6h00 du matin, et surtout absence de réseau!! Le cauchemar commence... elle est bien décidée à ne pas se laisser faire par le vieux grincheux qui ne la ménage pas et ne cesse de l'appeler "jeune fille". Seulement, ce coup ci, elle n'a pas le dernier mot! Le Raoul a un sacré caractère aussi, il s'est battu en 70 contre les militaires qui voulaient détruire les champs au profit de l'agrandissement de leur base, ce n'est pas pour se laisser marcher dessus par une gamine de 12 ans! Mentine ravale donc sa fierté et décide de lui prouver ce qu'elle vaut. Surtout que le stagiaire de Raoul, Eric, 17 ans, n'est pas pour lui déplaire...

Mentine est une petite peste de parisienne friquée, elle le reconnait elle-même! Mais une peste tellement attachante : haute en couleurs, sincère, elle a toujours des réflexions très pertinentes... En tant que surdouée, elle réfléchit comme une adulte mais a le corps d'une enfant et c'est là toute la problématique. Comment être prise au sérieux par les adultes? Comment s'intégrer aux adolescents de son âge? Partagée entre le trop ou le pas assez, difficile pour elle de trouver le bon équilibre. Au cours de cet été, elle va apprendre beaucoup sur elle-même et revoir certains de ses préjugés notamment sur les paysans et la vie à la campagne. elle va découvrir aussi ce que sont le véritable amour et l'amitié profonde. Surtout, elle va comprendre grâce à Raoul, que ce sont les actes qui définissent une personne, qu'elle doit s'accepter comme elle est et que parfois, il faut juste laisser faire le temps! Tout ça, en un mois, et oui!
            
Encore une fois, Jo Witek réussit à nous charmer avec ce roman frais, drôle et émouvant! 

Mentine, tome 1 : Privée de réseau!, Jo Witek, Flammarion, 2015

mardi 28 avril 2015

"La fantastique aventure de Woua-Woua le chihuahua", de Rachel Corenblit

Yanis et son chihuahua Woua-Woua passent leurs vacances à la montagne. Ils font la connaissance de Pénélope et Boubi, deux enfants du coin qui ont la fâcheuse tendance à se moquer du pauvre Woua-Woua! Alors que les troupeaux du village sont victimes d'attaques féroces certainement l'oeuvre d'une bête énorme, Yanis pour faire l'intéressant et surtout pour défendre son petit chien, va inventer une histoire rocambolesque sur Woua-Woua et affirme qu'il pourrait vaincre la bête! Pénélope et Boubi, le mettent alors au défi et les voilà tous partis dans la montagne pour affronter la bête... 

Randonnée dans la boue, nuit en refuge, escalade d'un glacier sous les nuages, excursion dans la grotte rouge, et course poursuite haletante ! A force de chercher la petite bête, ils finissent par en trouver une ENORME !! Et tout ça sous le regard caustique du petit Woua-Woua, narrateur de l'histoire! 
    
"Côté gènes, tout n'est pas clair. Je pense pas avoir un parent Doberman, non, ni même un aïeul berger allemand et encore moins Rottweiler comme mon pote Zigmund, mais je dois bien avoir du teckel, voire du Shih Tzu dans mes veines. Pas très glorieux, le Shih Tzu. C'est un nom à se trimballer un rouleau de papier-toilette agrafé à l'arrière train."
               
On n'a pas le temps de s'ennuyer avec ce roman paru dans la toute récente collection Pépix! Le regard plein d'autodérision de Woua-Woua, petit de taille mais grand par sa sagesse, est un régal! Rachel Corenblit nous offre un roman drôle et même palpitant avec quelques scènes dignes de Cliffhanger ! Les illustrations de Caroline Ayrault, des petits conseils de survie et un test final "Es-tu plutôt : Rottweiler, Caniche ou Chihuahua?" ajoutent encore une touche de loufoquerie à l'histoire!
         
Après ce livre, vous ne regarderez plus jamais les chihuahua de la même manière!

La fantastique aventure de Woua-Woua le chihuahua, Rachel Corenblit et Caroline Ayrault, Sarbacane, "Pepix", 2014

mardi 21 avril 2015

Un hiver en enfer, de Jo Witek

Edward Barzac a 15 ans. Au lycée, tout le monde le surnomme "Ed le taré" parce qu'il est différent des autres. Il souffre en effet de TOC. Même s'ils sont assez légers, il complexe énormément par rapport aux autres et s'enferme dans son monde. Harcelé par deux caïd de son lycée, il se réfugie tous les soirs dans le monde virtuel des MMORPG où il excelle car il n'y a que dans ce monde qu'il se sent libre d'agir sans être jugé par les autres.
A la veille des vacances de février, alors qu'il vient une nouvelle fois de se faire humilier par ses tortionnaires, son père, architecte renommé, lui annonce que sa mère, qui revient tout juste de son dernier séjour en hôpital psychiatrique, est guérie de sa dépression qui la ronge depuis la naissance d'Edward! Celle-ci aurait découvert un secret sur sa naissance qui expliquerait sa maladie ainsi que sa relation distante avec son fils. Désormais, elle veut prendre soin de lui et être plus présente. Malheureusement, Edward ne connaîtra jamais la famille dont il a tant rêvé car un accident de voiture va lui prendre son père adoré. Sa mère s'en sort presque indemne mais c'est un choc terrible pour Edward. Perdu, en colère, il se sent plus que jamais seul au monde et songe au suicide. Après un épisode violent dans son lycée, il part avec sa mère dans leur chalet de Courchevel mais, loin d'apaiser ses souffrances, il subit les sautes d'humeur de celle-ci et ne la reconnaît plus. En effet, elle fait peu à peu le vide autour d'eux, l'isole des autres, devient étouffante et hyper protectrice... Il sent bien que quelque chose se trame, que c'est elle qui le pousse au suicide mais personne ne veut le croire étant diagnostiqué mentalement très fragile.
          
Avec un Hiver en enfer, Jo Witek réussit un huis clos angoissant où la pression ne cesse de monter, où le doute s'immisce peu à peu... Qui croire? Ed sombre-t-il dans la paranoïa ? Sa mère est-elle vraiment dangereuse? A-t-elle tué son père en provoquant un accident de voiture?
           
Malgré un dénouement un tout petit peu tiré par les cheveux, l'intrigue est habilement menée de même que  la violence de l'affrontement psychologique entre Edward et sa mère. Le personnage d'Edward, adolescent qui se cherche, est attachant en dépit de son caractère torturé et ses tourments sont vraiment bien décrits. 
           
Suspens, manipulation, secrets de famille... Un bon thriller psychologique à l'ambiance glaçante, ça vous tente?

Un hiver en enfer, Jo Witek, Acte sud Junior, "Thriller", 2014

mercredi 8 avril 2015

"Plus de morts que de vivants", de Guillaume Guéraud

Le nouveau Guillaume Guéraud est arrivé! Et il est plus en forme que jamais, âmes sensibles accrochez-vous! Du gore, de l'horreur, du suspens, de l'émotion, des pages et des pages a avaler sans pouvoir s'arrêter, voilà, en résumé, ce à quoi vous devez vous attendre!
                
Sous un froid polaire, les élèves du collège Rosa Park de Marseille se préparent pour leur dernier jour de classe avant les vacances de février. Certains se voient déjà sur les pistes de ski, d'autres, qui n'ont pas cette chance, s’apprêtent à passer de longues journées devant leur écran à jouer à Call of duty. Ils ne peuvent pas se douter que ce jour sera le plus effroyable de leur vie, peut-être même le dernier, car un nouveau virus ultra virulent causant une mort fulgurante et atroce va disséminer élèves et enseignants les uns après les autres...
             
Dés les premières pages, on est au cœur de l'action! Les premiers symptômes ne tardent pas à faire leur apparition : hémorragies, perte des cheveux par poignées, vomissements ininterrompus, os cassés, corps qui se disloquent ... et sont suivis d'une mort foudroyante. A midi on compte déjà 300 élèves décédés, et on comprend vite que ça ne va pas s'arranger!
            
On suit le parcours de plusieurs élèves, tous très différents. Il y a Lila, Zack et Karim, les 6e, Slimane, le cancre qui aurait mieux fait de sécher les cours ce jour-là, Fab, Matt, Cess, Julie, la bande de potes de 3e... On a le temps de connaître un peu leur vie, leurs préoccupations, leurs émois d'adolescents puis leur effroi, mais on comprend vite qu'il ne faut pas trop nous attacher à eux!
        
Les descriptions précises et crues des symptômes rendent ce roman parfaitement épouvantable! Tout s'enchaîne très vite, le rythme et l'angoisse sont maintenus à leur paroxysme du début à la fin, et l'ensemble sonne avec une justesse effrayante : la stupeur des élèves et des enseignants, les limites des médecins et des pompiers envoyés sur place, la peur panique puis la déroute et surtout le cynisme des autorités et du système. Ce qui dérange le plus à la lecture de ce roman, c'est son réalisme. Même s'il s'agit de science-fiction, on ne peut s'empêcher de penser que les choses se dérouleraient exactement de cette manière si un virus aussi virulent apparaissait! Même une fois le livre refermé, on y pense encore, d'autant que la fin reste en suspens, digne des meilleurs scénarios catastrophes... Guillaume Guéraud n'a aucune pitié pour nous, pauvres lecteurs... Il nous aura prévenu : tout est dans le titre!

Plus de morts que de vivants, Guillaume Guéraud, Le Rouergue, "doado noir", 2015

mardi 31 mars 2015

"Broadway Limited : un dîner avec Cary Grant", de Malika Ferdjoukh

C'est encore une belle pépite que nous offre Malika Ferdjoukh avec son nouveau roman (qui sera en deux tomes!) Broadway Limited. Paru à l'Ecole des Loisirs dans la collection "Grand Format" il s'adresse cette fois aux grands ados voire aux jeunes (ou moins jeunes) adultes!
                
Direction New-York , un soir d'automne 1948. Jocelyn, un petit français tout fraîchement arrivé de Paris, frappe à la pension Giboulée où il doit séjourner le temps de ces études. Il déchante vite lorsqu'il apprend qu'on attendait plutôt une certaine "Jocelyne" (prononcé à l'américaine) dans cette pension de filles! Sauvé in extremis par un potage d'asperges et par un doigté fort habile au piano, cette anicroche n'est en fait que le début d'un éblouissant voyage au pays du Music hall, d'Halloween, des bals de fin d'année, des donuts et bien sûr des self made men!
                           
Perdu au milieu de toutes ces filles "auréolées" de rêves de gloire, théâtre pour les unes, danse pour les autres, Jocelyn ou Jo, est le témoin ébahit de l'american way of life. Nous sommes projetés en même temps que lui dans ce monde nouveau, cette ville palpitante et dynamique. L'atmosphère de cette époque est parfaitement rendue grâce aux riches références cinématographiques, musicales, radiophoniques ou politiques (nous sommes en pleine "chasse aux sorcières" et la ségrégation va bon train...), qui accompagnent le récit. C'est le temps du renouveau, de l'âge d'or de Broadway, des films mythiques, des Cary Grant, Vivien Leigh, James Stewart, Fred Asteir...! Rien n'est oublié, pas même la seconde guerre mondiale toujours bien ancrée dans la mémoire de Jocelyn.
                     
Parallèlement aux aventures de Jocelyn et à sa découverte du "nouveau monde", on suit les vies déjà compliquées de quatre filles entre deux âges. Plus tout à fait des adolescentes et pas encore des adultes, Chic, Page, Manhattan et Hadley ont toutes un secret plus ou moins avouable que les autres ignorent... Toutes ont un pied (mais seulement un) dans le milieu du spectacle où elles parviennent, tant bien que mal, à gagner quelques dollars... Sur leur chemin elles croisent un certain Allen Königsberg (le futur Woody Allen), la jeune Grace Kelly qui tente de percer dans le cinéma, ou encore le charismatique Clarke Gable (mais de loin)! Avec émotion, on suit leurs affaires de cœur, leurs petites joies quotidiennes et les épreuves qu'elles traversent, parfois. 
                         
Un roman choral qui n'est vraiment pas de tout repos, attention aux sensations fortes! Vivement la suite de ce diptyque aussi foisonnant que passionnant!




Broadway Limited : Un dîner avec Cary Grant, Malika Ferdjoukh, Ecole des Loisirs, "Grand Format", 2015

samedi 28 février 2015

"Highline", Charlotte Erlih

Avez-vous déjà lu un livre capable de vous donner le vertige? Si vous n'en avez jamais fait l'expérience lisez Highline! Ce roman court (96 pages), paru dans la collection "D'une seule voix" de chez Actes sud junior est une vraie performance!
                          
La highline ou slakeline, c'est le câble sur lequel marche les funambules de l'extrême, et c'est cette ligne tendue de 50 mètres entre deux building à 200 mètres du sol et sans aucune protection, que va parcourir le narrateur de cette histoire. Une pièce, le fameux pile ou face, a décidé de son sort. C'est lui, et non pas son ami Mouss, qui franchira la ligne. Pas d'erreur possible. Le moindre faux pas, le moindre manque de concentration, est fatal. 
                     
Dès le début on sent son excitation, son euphorie même, mêlée à sa peur. Le défi qu'ils se sont lancé est fou, et complètement illégal.  Braver l'interdit, devenir célèbre, se sentir vivant, rechercher les sensations fortes, et de plus en plus fortes, voici les motivations de ce narrateur adolescent qu'on va apprendre à connaître au fil des pages et de ses pensées, à mesure qu'il avance sur "la corde".
             
Si les premiers mètres de la slakeline sont parcourus assez facilement par le narrateur (il nous explique en effet que l'art du funambule réside dans son mental et sa capacité à rester dans l'instant présent), les 25 derniers mètres s'avèrent particulièrement éprouvants. La crainte, les doutes, la prise de conscience de ce qu'il est en train de faire et de la folie dans laquelle il s'est embarqué, prennent le dessus sur son mental et vont lui permettre de comprendre qui il est et les raisons de son besoin permanent de se dépasser. Plus que tout, il va découvrir qu'il possède une volonté de vivre dont il n'avait pas conscience auparavant.
              
Dès les premières pages j'avais les mains moites et la gorge nouée ! Cette impression d'être perché au-dessus du vide comme le narrateur ne nous lâche pas une seconde. Impossible de décrocher de l'histoire avant la fin. Haletant, il n'y a pas d'autres mots!
           
Les phrases sont courtes, le débit rapide, tout sonne juste. Avec Highline Charlotte Erlih donne à lire toute la quintessence de son talent!
                 
Highline, Charlotte Erlih, Actes Sud Junior, "D'une seule voix", 2015

vendredi 6 février 2015

"Tant que nous sommes vivants", Anne-Laure Bondoux

Anne-Laure Bondoux, qui sait se faire désirer (plus de cinq ans se sont écoulés depuis Le Temps des miracles), a aussi le don pour nous conter des histoires fortes, intemporelles et universelles!
             
Tout commence en Europe visiblement, dans une ville industrielle en déclin. Seule une usine fonctionne encore et fournit le travail à la majorité de la population. Les journées sont rythmées par le travail à l'Usine, lieu de labeur indispensable puisque autour d'elle la vie s'organise vaille que vaille. Dans la grisaille de la ville et des coeurs va pourtant naître un amour d'une puissance exceptionnel, un vrai coup de foudre, entre Bo, nouvel arrivé en ville et Hama. Tous deux travaillent à l'Usine; elle la nuit, lui le jour, et se relaient sur la même machine. Leur amour va tout illuminer autour d'eux et peu à peu les habitants reprennent espoir et  recommencent à vivre joyeusement. Mais un jour, une catastrophe industrielle se produit. L'Usine explose en faisant de nombreux morts, détruisant tout autour d'elle. Il faut trouver un responsable et c'est Bo qui va être désigner à l'unanimité. D'abord parce qu'il est un étranger, ensuite parce qu'il n'était même pas à son poste le jour de la catastrophe! Bo et Hama sont obligés de fuir pour sauver leur amour et le bébé que porte Hama, soit disant maudit. La route est longue, incertaine et difficile. De chemin en chemins, de rencontres en rencontres, Bo et Hama vont faire l'expérience de la douleur et du bonheur, de l'amour et de la séparation, de la naissance et de la mort... 
              
Comme elle le dit elle-même, Anne-Laure Bondoux a souhaité construire son livre sur les contrastes. D'ailleurs, le titre des chapitres, à première vue énigmatiques, en atteste ("le vide et le plein", "la quiétude et l'inquiétude", "le silence et le bruit"...), tout comme la magnifique couverture du livre, en noir et blanc, à la façon d'un spectacle d'ombres. Mais c'est vraiment à la fin du roman que le sens de tout ceci apparaît. 
              
Il y a une phrase qui revient tout le long du livre et qui le résume parfaitement "Il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue". Avec une écriture précise et parfaitement maîtrisée, l'auteur nous donne une émouvante leçon de sagesse "de séparations en séparations, ainsi va la vie" (page 277). 
                         
Un texte lumineux, sur les possibilités qu'offre la vie dés lors qu'elle continue et sur ce paradoxe plein d'optimisme : on gagne toujours à perdre un peu de nous. Déjà un classique!

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse, 2014

mercredi 21 janvier 2015

"Jonas, le requin mécanique" de Bertrand Santini

Jonas (toute ressemblance avec un personnage célèbre n'est que fortuite!) est une star du cinéma! ou plutôt, une ex star du cinéma... Sa carrure, sept mètres de long, ses mâchoires garnies de 500 dents et dont la pression est égale à 5 tonnes, ont fait de lui la terreur des profondeurs! Un film, Les Dents de la mort (toute ressemblance avec un film célèbre n'est que fortuite aussi), l'a rendu célèbre et a suffit pour marquer à jamais, l'histoire du cinéma (et notre rapport à la mer, mais c'est une autre histoire)! Mais le monde change, les films évoluent et le public avec... Malgré les suites et les suites des suites des Dents de la mort, c'est au tour de Jonas de sombrer, mais dans l'oubli et le mépris. Relayé au rang d'attraction pour touristes dans un parc réunissant tous les monstres célèbres du cinéma à la retraite, Jonas commence à perdre des boulons. Il tombe régulièrement en panne et devient la risée du parc d'attraction. La sentence ne tarde pas, Jonas va finir à la casse. C'est sans compter sur l'intervention de Krokzilla (toute ressemblance etc) qui, pour le sauver, décide de l'amener jusqu'à l'océan où il pourra vivre sa vie de requin! Problème, Jonas n'est pas un vrai requin et la vie sous l'océan n'est pas simple, c'est une lutte de chaque instant, surtout qu'il veut absolument cacher à son nouvel ami Loopy le manchot, la vérité sur sa nature mécanique...

    
Après Le Yark, Bertrand Santini nous offre encore une fois un roman jeunesse comme seul lui sait en faire! Drôle, touchant, poétique, riche en références en tout genre, cinématographiques évidemment mais aussi littéraires (Pinocchio par exemple) et admirablement bien écrit! Les illustrations au crayon en noir et blanc de Paul Mager accompagnement formidablement le texte. Du rire, des larmes, de l'action, des surprises...! Encore une belle collaboration! Mais où vont-ils chercher tout ça?!

    


Jonas, le requin mécanique, Bertrand Santini, ill. Paul Mager, Grasset jeunesse, 2014